Les Cavaliers d’après le roman de Joseph Kessel

La pièce Les Cavaliers se joue jusqu’en mai 2016 au Théâtre La Bruyère. Adaptation libre par Eric Bouvron, mise en scène Anne Bourgeois et Eric Bouvron. Avec Maïa Gueritte, Eric Bouvron, en alternance Grégori Baquet et Benjamin Penamaria. Musique de Khalid K.

Cette pièce est la libre adaptation du roman de Joseph Kessel par Eric Bouvron qui signe aussi une mise en scène singulière et épurée avec Anne Bourgeois. Les professionnels du théâtre ne s’y sont pas trompés puisque cette pièce a reçue cette année, deux récompenses prestigieuses, le Molière du Théâtre privé et le Molière du Metteur en scène du Théâtre privé.

Curieux défi que celui d’investir les steppes afghanes et l’immensité de ses montagnes, au cœur d’une scène de théâtre. Quelques tapis, un paravent de toile, un tabouret et quelques volutes d’encens, suffisent à créer une magie propice à nous emmener dans un voyage aussi bien intérieur que lointain.

L’histoire commence avec Ouros, fier et sûr de lui. N’est-il pas le fils du grand Toursène, gagnant incontesté de nombreux Bouzkachi du roi. Il s’agit d’une compétition où s’affrontent les meilleurs cavaliers des provinces autour de Kaboul. Cette fois-ci, c’est à son tour de relever le flambeau de la réussite paternelle. Il est en course pour gagner. Il tient la tête du bouc décapité qu’il doit lancer dans le cercle. La musique de Khalid K nous fait battre le cœur. Nous sommes essoufflés, sur le point d’accompagner la victoire. Las, un concurrent s’interpose, laissant Ouros lourdement chuter et se fracturer la jambe.

C’est le départ d’un long voyage initiatique. Accompagné de Mokkhi, son fidèle serviteur et de son cheval Jehol, dont la tête est symbolisée par un tabouret, Ouros regagne sa province afin d’affronter son père et le déshonneur de l’échec. Il emprunte des chemins où la beauté des paysages et la rudesse du climat l’amène à perdre ses repères, ses illusions et à trouver ses véritables valeurs.
Les jeux d’acteurs sont équilibrés entre les paroles, la gestuelle et la sensualité des corps, les silences et la musique. Celle-ci est puissante et intrinsèquement mêlée à l’histoire. Elle nous accompagne, tissant un canevas éphémère, nous dévoilant l’orient et nous plongeant dans un mirage intérieur saisissant de réalité.
Grégori Baquet et Benjamin Penamaria jouent en alternance Ouros. J’ai eu la chance de voir Benjamin Penamaria se transformer sous mes yeux pour prendre une densité émouvante, fougueuse et inoubliable.
Eric Bouvron interprète Mokkhi, mais aussi Toursène et l’aïeul du monde, Guardi Gedj. Pour chaque personnage, son visage se transforme et leur âme transparait. On le commande, on le craint, on l’espère. Il ne laisse pas indifférent, habillant la pièce de sa présence solide.
Maïa Gueritte nous surprend par les tempéraments multiples qu’elle laisse apparaître selon les rôles féminins qu’elle incarne. Elle impose le respect et remplit l’espace de sa discrétion.
Adaptée des 800 pages du roman, cette pièce réussi son pari et s’impose encore longtemps à nous, magique et envoûtante. Une valeur sûre.

Par Angélique