Article écrit par Angélique

Jacques Mougenot, auteur et interprète de cette pièce, relate les dérives de l’Art contemporain, à travers l’histoire de Philippe Dussaert. Ce peintre plasticien (1947- 1989) se fait connaitre dans le mouvement de la vacuité, c’est-à-dire, le vide. Très effacé, il se spécialise dans l’effacement. Il efface tout d’abord la Joconde de Léonard de Vinci pour n’en garder que le fond du paysage, de même pour le Radeau de la Méduse et d’autres œuvres tout aussi célèbre.
Il enlève au passage l’adhésion sans faille de Peggy d’Argenson, critique d’art, qui le porte au sommet. Vient enfin son œuvre majeure « Après tout » qui efface la peinture du support et qui va même jusqu’à supprimer le support lui-même. Evidemment, cela nous laisse perplexe mais nous entraine dans une réflexion approfondie sur le sens de l’Art contemporain.
« La différence essentielle, elle relève du concept : l’auteur nous fait remarquer que Klein expose du vide, tandis que Dussaert expose du « rien ». Le néant devient un concept !
Entre les critiques, le public et le galeriste, s’ensuit un ballet de commentaires et de critiques qui mettent en évidence les dérives de l’Art contemporain, le tout sur fond de Guerre du Golfe. S’ensuivent des enchères ahurissantes et totalement folles qui amènent les plus grands musées à se battre pour acheter « Après tout ». C’est le MoMa de New York qui gagne, contré immédiatement par la préemption des Musées Nationaux. « Ce sont donc 8 millions de l’argent public qui sont dépensés pour « Rien ».
La réflexion suivante porte sur les dépenses publiques en matière d’investissement artistique. Il me semble me souvenir d’ailleurs qu’il y a quelques années, un Musée avait acheté une œuvre d’art représentant un crouton rassis. Cela posait aussi la question de la conservation de l’œuvre.
De même ici, comment transporter « Après tout » qui en fait n’est « Rien ». Comment justifier de son existence ? Peut-être à travers une preuve d’achat, un testament officiel ? Sinon, comment s’imaginer la véracité de cette œuvre ?
Jacques Mougenot, a collaboré à deux monographies d’artistes. Il nous fait découvrir les méandres et les coulisses des pratiques liées au monde de l’art. D’opaques, elles deviennent plus que ridicules ou critiquables, jouant sur la naïveté et l’ignorance des amateurs non éclairés. Tous les rouages du système sont minutieusement décryptés.
Ce monologue est présenté à la façon d’une conférence débat avec un public invisible mais connaisseur. Est-ce nous ce public qui regarde la pièce ? Où s’agit-il d’un autre public qui est censé être venu pour écouter une conférence ? La réflexion est pertinente, teinté d’humour, ponctuée de références artistiques. Le doute s’installe, le public est subjugué, suspendu aux lèvres de ce conférencier qui n’en est pas un. Comment avons-nous fait pour passer au travers de « l’Affaire Dussaert » ?
Ce monologue brillant qui ne juge en rien les pratiques mises à jour, mérite d’être écouté pour nous faire prendre conscience de la beauté d’une œuvre artistique. Celle qu’elle représente pour vous. Et si «l’Affaire Dussaert » était elle-même une œuvre d’Art ? A vous d’en juger, jusqu’au 9 juin 2016 au Théâtre Montparnasse, 31 rue de la Gaîté 75014 Paris.