Article co-écrit par Erick Fearson et par Angélique
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A l’occasion de la sortie de son album rétrospective « Merci, Thank you », Manu Dibango, alias Emmanuel N’Djoké Dibango, nous fait partager ses 60 ans de carrière. A 82 ans bien sonnés, cet infatigable musicien continue à jouer sur tous les continents et à poser des passerelles entre divers courants musicaux allant du jazz à ses dérivés : le reggae, le funk, le rhythm & blues, le hip-hop, mais surtout le jazz mêlé à la musique traditionnelle camerounaise. On pourrait qualifier son style de «world-jazz ».
Tout jeune, il s’initie au chant à la chorale du temple où sa mère enseigne mais c’est au début des années 50 qu’il découvre le jazz. Il joue de la mandoline, apprend le piano et devient un virtuose du saxophone, ce qui fera de lui, plus tard un sax shaker.
La Belgique marque un tournant dans sa vie. En 1957 Manu Dibango se marie à une artiste peintre et mannequin, rencontrée lors de ses prestations dans les boîtes Belges. C’est à partir de cette époque que son jazz prend une coloration africaine au contact des intellectuels zaïrois qui négocient l’indépendance de leur pays. Il rencontre le père de la musique congolaise moderne, le Grand Kallé. Celui-ci le fait entrer dans son orchestre et enregistre plusieurs albums avec lui. Ensemble, ils vont faire un immense tube, relayé par la radio africaine « Indépendance Chacha » qui marque l’indépendance du Congo. Cela l’entrainera dans une grande tournée au Zaïre.
Ses influences soul et funk sont inspirée par Armstrong, Ray Charles ou encore James Brown mais aussi Jimmy Smith, Booker T. et Otis Redding.
En 1962, Manu Dibango lance le twist avec son « Twist à Léo » à Léopoldville. En 1967, deux ans après être rentré en France, Manu Dibango possède son propre big band et s’attelle au mélange de différents courants musicaux qu’il affectionne. Il s’ouvre au rhythym and blues, joue pour Dick Rivers, l’Elvis Presley français et Nino Ferrer, véritable soulman à ses yeux.
Il sort un album chez Philips en 1969, Saxy Party qui pose les bases de son style afro-jazz. Suivront deux albums qui connaitront plus de succès en Afrique qu’en France. C’est alors qu’arrivera LE morceau qui changera la donne et deviendra un tube en le propulsant en haut de l’affiche. En 1972 il compose l’hymne de la Huitième coupe d’Afrique des Nations. Sur la face B de ce 45 tours se trouve le futur hit « Soul Makossa», un excitant mélange de funk-jazz-soul et «d’African beats». Plus précisément, il s’agit dans cette influence africaine, d’un rythme traditionnel africain originaire de Douala connu sous le nom de «Makossa». Passé inappercu en Afrique, «Soul Makossa» devient un tube aux U.S.A. car les américains idéalisent les promesses du continent Africain.
Soul Makossa enthousiasmera de très nombreux artistes par la suite au point de le plagier, dont Michael Jackson qui l’échantillonnera dans son single «Wanna Be Startin’ Somethin’g» ou encore Rihanna dans «Don’t Stop the Music». C’est en 2009 qu’un arrangement à l’amiable régularisera la situation. Cerrone lui, aura d’abord demandé l’autorisation avant de le mettre sur son single «Funk Makossa».
Suivront dans les 70’s plusieurs albums dans la même veine, subtil mélange de rythmes africains, de jazz, de space jazz et de funk.
Sensible à la Blaxploitation, courant culturel et social revalorisant l’image des Afro-Américains dans le cinéma américain des années 70, Manu Dibango a composé des bandes-originales de films. Celle de «Countdown at Kusini» en est une parfaite illustration.
Dans les années 80, il nous surprend encore avec un mélange de rythme africain et de hip-hop, notamment avec le titre ‘Abele Dance’. Il accompagnera aussi Serge Gainsbourg. En 1986, il sort l’album «Afrijazzy» distillant un mix de musique africaine et bien sûr de jazz, passion première du musicien.
En 1990, il crée encore la surprise avec l’album «Polysonic», fusion de jazz, de rap et de musique traditionnelle, puis milieu des années 90 avec l’album «Lamastabastani» qui cette fois surfe avec le gospel et le rhythm’n’blues.
En 2000, il revient à ses racines musicales avec l’album «Mboa’ Su». En témoigne les morceaux «Maya Ma Bobe» dans un style afro-cubain, «Sango Yesu Cristo» qui lorgne vers le gospel ou encore «Aye Africa» ou «Weya Mouna» dans un style traditionnel.
S’éloignant du jazz, Manu Dibango surprend une fois de plus en sortant en 2001 l’album «Kamer feeling», qui est cette fois un mix de reggae, de rap et de rythmes issus de la musique camerounaise.
Retour à ses amours de jeunesse en 2007 avec l’album «Manu Dibango joue Sydney Bechet» hommage au célèbre musicien.
Manu Dibango revient en 2011 avec l’album très contemporain «Past, present, future» qui capture ses différents univers musical avec un mix de pop, d’afro-funk, de soul, de hip hop, d’electro-rock et bien sûr de jazz. Malgré cette dernière influence, il y a peu de chances qu’il séduise les puristes du jazz. Sans doute trop éclectique et trop éloigné du pur jazz. Présent sur l’album, on peut aussi écouter (redécouvrir ?) un remix de «Soul Makossa 2.0» son titre phare. Hormis son titre et la ligne de sax, cette réorchestration, mélange de techno et de rap, ne détrône pas l’original.
Curieux de tout, Manu Dibango est un véritable caméléon qui va toujours là où on ne l’attend pas. Il considère la musique comme un partage. Ce musicien à multiples facettes, a su s’adapter, explorer, apprivoiser et revisiter tous les courants musicaux qu’il s’est approprié avec brio au cours de sa longue carrière, créant ainsi un style qui lui est propre et reconnaissable immédiatement.