Cette année, la sélection vient auréoler de nouveaux talents et s’invite là où on ne l’attendrait pas forcément. Un grand coup de chapeau aux jolis remerciements de Deborah Lukumuena qui a reçu le César du meilleur second rôle féminin. La simplicité saupoudrée d’humour marquent la sincérité et la dignité de cette actrice qui se tire impeccablement de cet exercice de style.

Autre talent qui se confirme, celui du petit fils de Charlie Chaplin, James Thierrée, César du meilleur second rôle pour Chocolat. Arrivée spectaculaire au ralenti de celui qui est connu des scènes du monde entier. Un brin étouffé par l’aura d’Omar Sy, son talent éclate au grand jour. Celui qui baigne dans les arts du cirque depuis l’âge de 4 ans est encore tout imprégné de son tandem avec Omar Sy lors de ses remerciements. Le film rafle au passage le prix des meilleurs décors.

Autre bonne surprise, qui avait déjà obtenu une bonne presse à Cannes, le film d’animation « Ma Vie de Courgette » qui reçoit le César de la meilleure adaptation.

César du meilleur film étranger est remporté par le film de Ken Loach, déjà distingué à Cannes avec la Palme d’Or : « Moi, Daniel Blake », film éminement social et politique. Excellent film sur la pauvreté en Grande Bretagne et les harcèlements des chômeurs par les Institutions. Ce serait bien si ce prix pouvait amener une amélioration de leur condition. Il est intéressant de noter que sur 6 films étrangers en compétition, 5 viennent de la sélection Cannoise, dont l’excellent et hilarant « Tony Erdman ».

Le César du meilleur scénario « L’effet aquatique » a de quoi surprendre car on peut traverser le film en s’ennuyant ferme. Mais il appartient à un nouveau regard et se démarque ainsi.

« Mal de Pierre » le film de Nicole Garçia est porté de bout en bout par la merveilleuse Marion Cotillard. Hélas, cela ne suffit pas pour le distinguer malgré sa prestation époustouflante.

Enfin, les deux films qui m’ont fait vibrer, pleurer et rire ont remportés plusieurs Césars.

« Juste la fin du monde » de Xavier Dolan obtient le César du meilleur réalisateur, saluant ainsi le regard tout particulier de Xavier Dolan sur son métier. Il a baigné depuis sa tendre enfance dans le monde du doublage au Quebec. Il y retourne même quelquefois, histoire de se remettre dans la structure intellectuelle du doublage. C’est un bon exercice pour les acteurs. Ce sont les gens du doublage qui l’ont formé et lui ont donné ce regard si particulier sur le monde du cinéma. Ses goûts sont très sûrs et très affirmés. Il est d’ailleurs en tournage sur un film commencé dès cet été. Il lui reste encore 40 jours de tournage et espère présenter son film dès les mois d’automne. Ensuite, entre les promotions sur les différents pays et ses projets tournés vers l’Asie, il est possible qu’il se passe bien 3 ans avant qu’on ne voit un autre film.

Le jeune talent du cinéma a surpris la critique à Cannes pour « Juste la fin du monde » mais il l’a pris avec un certain recul, étant encensé la semaine suivante sur un autre festival. Personnellement, je n’ai jamais pu parler de ce film sans une grande émotion. Le soir de sa projection j’avais fini en larme dans les bras de mon rédacteur en chef et nous étions allés nous remettre de nos émotions autour d’un bon verre de vin rouge, nous embarquant sur de grandes discussions sur le sens de la famille. Marion Cotillard m’avait cueillie, Nathalie Baye m’avait émue jusqu’aux larmes mais c’est Gaspard Ulliel qui m’a transporté dans un autre univers, celui de sa réalité, de la fin de sa vie, de son histoire. J’en suis restée soufflée. Il est donc tout à fait naturel que son interprétation, toute faite d’écoute dans le texte foisonnant de Lagarce, soit primée par le César du meilleur acteur. Il est de ces films qui laissent une empreinte indélébile dans le cœur de ceux qui les regardent.

Enfin, lumineuse d’entre toutes, celle dont l’âge glisse sur elle et l’embellit, Isabelle Huppert reçoit le César de la meilleure actrice. Portant avec fougue et légèreté ce rôle de maitresse femme, dont l’enfance douloureuse explique son attitude d’aujourd’hui, Isabelle Huppert nous entraine dans une enquête loufoque et logique, dans des rapports de force et totalement dingues, absurdes mais cocasses, effrayants mais aussi très pertinents. L’ambiance du film est lourde mais elle la traverse en la balayant d’un revers de main.

Solaire, Isabelle Huppert est aussi entourée d’une équipe merveilleuse. Paul Verhoven qui remporte le très convoité César du meilleur film, mais aussi toute une flopée de merveilleux acteurs. Virginie Effira nous surprend dans ce film où elle n’est pas tout à fait ce qu’elle paraît être. Isabelle Huppert saute dès le lendemain dans l’avion qui l’emporte à Los Angeles pour la petite sauterie suivante les Oscars. Souhaitons-lui bonne chance.

Cannes nous avait offert une superbe sélection dont nous retrouvons une partie dans la sélection de l’Académie des Césars. Mais à quand un grand film qui vienne rafler 10 Césars ? Où est passé la création ? la fougue ? Ma Loute, film délicieusement décalé est passé à côté.

Notons la prestation élégante de Jérôme Comandeur qui était absolument parfait dans son rôle de maître de Cérémonie. Sans trop en faire, sans être dans l’esprit Canal mais dans le véritable rôle de mise en scène, il a réussi à alterner l’émotion et les rires. L’hommage à Jean-Paul Belmondo  était émouvant et parfait en tout point. Le texte de Jean Dujardin était remarquable, respectueux et iconoclaste tout en gardant un profond amour pour ce merveilleux acteur qui nous a donné tant de bonheur et qui en a reçu ce soir, de la part de ses pairs.

Une belle soirée des Césars comme on aime en voir. Le vrai cinéma, les vrais acteurs, les remettant de prix, tous aussi beaux et émouvants: André Dussolier et sa voix inimitable, Pierre Richard et son sourire.

Les plus grands étaient présents et les absents nous manquent aussi, ceux qui sont entrés dans la légende du cinéma. Cette 42ème nuit des Césars a bien tenu ses promesses et nous a fait vivre la passion du cinéma.

Palmarès de la 42ème nuit des Césars 2017

César du meilleur espoir féminin : Oulaya Amamra pour Divines

César des meilleurs costumes : La Danseuse

César du meilleur son : L’Odyssée

César du meilleur espoir : Niels Schneider pour Diamant noir

César des meilleurs décors : Chocolat

César du meilleur documentaire : Merci patron ! de François Ruffin

César de la meilleure musique : Ibrahim Malouf pour Dans les forêts de Sibérie

César du meilleur premier film pour Divines

César du meilleur montage : Xavier Dolan, pour Juste la fin du monde

César du meilleur court-métrage d’animation : Celui qui a deux âmes

Meilleur film d’animation : Ma vie de courgette

César de la meilleure photographie pour Frantz

César du meilleur court-métrage : ex-aequo Maman(s) et Vers la tendresse

César du meilleur second rôle : James Thierrée pour Chocolat

César de la meilleure adaptation : Ma vie de courgette

César du meilleur second rôle féminin : Deborah Lukumuena pour Divines

César du meilleur film étranger : Moi, Daniel Blake

César du meilleur scénario : L’effet aquatique

César de la meilleure actrice : Isabelle Huppert pour Elle

César du meilleur réalisateur : Xavier Dolan pour Juste la fin du monde

César du meilleur acteur : Gaspard Ulliel pour Juste la fin du monde

César du meilleur film : Elle de Paul Verhoeven

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