Réalisé par Xavier Dolan, Juste la fin du monde est une adaptation de la pièce de théâtre de Jean-Luc Lagarce sur les non-dits, sur la brutalité au sein de la famille, de la difficulté à s’exprimer et sur le langage.

Les textes de Lagarce sont parmi les auteurs les plus joués dans le monde. Sa langue théâtrale a été retravaillée. Le texte, chirurgical et verbeux a été adoucit pour le scénario. S’il a été facile à exprimer pour Léa Seydoux, il a été plus compliqué pour Marion Cotillard qui l’a abordé par le biais du silence. Nathalie Baye avait des dialogues dont les mots s’entrechoquaient et butaient. Ils étaient en cohérence avec son personnage. Pour Vincent Cassel, le texte était parlé et il n’a pas eu la peine de l’apprendre mais a préféré se l’approprier.

Les retrouvailles de Louis, écrivain, au bout de 12 ans, avec le cercle familial paraissent superficielles et ridicules, alors que l’amour que les gens se portent transparait au travers de querelles idiotes et de logorrhée verbale.

Les personnages parlent de tout sauf de l’essentiel. Ils n’arrivent pas à dire qu’ils s’aiment, qu’ils se manquent et préfèrent s’envoyer des blagues ou parler pour ne rien dire. Bizarrement, ce ne sont pas les mots les plus important, bien que ce film soit tiré d’une pièce de théâtre, un peu comme chez Pinter. Il y a une autre lecture dans les silences, dans les regards qu’on vole par-dessus l’épaule. C’est un film qui se pose avec le temps dans la vie des gens.

Dans le rôle de la mère, Nathalie Baye 100 films, a remporté 4 césars et nommés pour 5 autres, primée au Festival de Venise, de San Sebastian et Montréal. Elle a déjà tourné pour Xavier Dolan pour le film Lorenz anyways.

Marion Cotillard, dans le rôle de la belle-sœur, a été primée aux oscars en 2008 pour sa performance dans le rôle d’Edith Piaf pour le film La Môme. Son travail a été couronné par un Golden Globe, un prix Bafta et un prix du cinéma européen ainsi que le Trophé Chopard en 2004, en tant que révélation féminine. Elle a récolté 4 Césars et 2 autres nominations aux Césars. Elle a joué dans des films d’Audiard et des frères Dardenne. Elle vient de jouer Catherine dans le film « Mal de Pierre » de Nicole Garcia.

Dans le rôle de la sœur, Léa Seydoux. Elle aussi a récolté le Trophé Chopard à Cannes en 2009, elle a été nommée 4 fois aux Césars. En 2013, elle remporte la Palme d’Or pour « La Vie d’Adèle ».

Dans le rôle de Louis, Gaspard Ulliel. Il a joué dans « La 3ème partie du Monde » et maintenant dans « La Fin du Monde ». En 2003, il est en compétition à Cannes avec « Les Egarés » d’André Téchiné. Il a incarné « Yves St Laurent ».

Dans le rôle d’Antoine, le frère, Vincent Cassel. Nommé aux Césars 3 fois, on lui a décerné ce prix pour « Ennemi public numéro un », rôle qui lui a valu un Golden Globe et le Prix Louis Lumière. Révélé par Mathieu Kassovitz dans « la Haine », il a joué dans « Sur mes lèvres », « Irréversible », « océan 12 et 13 » « Black Swan »

Xavier Dolan a réalisé son 1er film, « J’ai tué ma mère » à l’âge de 19 ans. Scénariste, producteur, acteur, réalisateur, monteur, Il a réalisé « les amours imaginaires », « Lorenz anyways », « Tom à la Ferme », un petit clip avec Adèle, qui a battu des records d’audience sur internet. Il a réalisé « Momie », Prix du Jury à Cannes en 2014 et un César pour le meilleur film étranger.

Xavier Dolan a été très proche de ses acteurs durant le tournage. Etant lui-même un acteur il aide ses acteurs à s’exprimer dans la fluidité. Il agit comme un sismographe de l’émotion et du sentiment. Il a tout préparé un an à l’avant. Il a tout cadré, et mis en scène les couleurs. Du coup, le tournage a été très libre sur le plateau.

Louis apparaît dans une lumière claire et obscure, comme sa vie qui est sur le point de s’en aller. Il est encore présent, entre l’ombre et la lumière. A lui seul, l’éclairage donne le ton du film. Le film est brun et bleu. Certains flash-back sont très colorés, car le souvenir du passé est un peu plus chaleureux.

L’histoire se déroule à travers le regard de Louis qui observe la prolixité des personnages. Marion Cotillard, Catherine, devine le secret de Louis, à travers les silences et les regards échangés. Elle est la seule qui le voit et qui l’entend.

Louis est en escapade perpétuelle dans une maison où personne ne l’écoute, ou tout le monde l’interrompt, l’invective et lui fait des reproches. C’est une sorte de fuite pour éviter ce qu’il a leur dire, qu’ils pressentent et qui leur fait peur. Ils sont humains, crient, pleurent, explosent et rigolent, comme dans la vraie vie.

La musique a été choisie en amont, la chanson de Camille fait l’ouverture et les chansons sont celles qui jouent dans la vie des personnages, dans les souvenirs de Louis.

Les plans sont rapprochés avec leurs visages en gros plan, permettant de plonger dans leur intimité. Qui regarde qui ? Quels sont les échanges de regards ? Les battements de cils renforcent les non-dits de ce huis-clos familial. C’était une nécessité pour se rapprocher des personnages.

Cette histoire commence par des retrouvailles familiales. Petit à petit, on comprend le passif entre les différents personnages. Les Flash-back prennent une intensité particulière, empreinte de nostalgie et de tendresse entre souvenirs et regrets. L’amour transparait tout au long de ces scènes.

On voit l’apparence de Louis changer, ses yeux se creuser, sa panique, son acceptation pour finalement, se retirer sur la pointe des pieds, ouvrant la porte sur la lumière du soleil couchant, symbolique de la lumière au bout du tunnel. Sa vie se retire petit à petit. Nous vivons avec bouleversement cet au-revoir définitif.

Trois scènes m’ont particulièrement marquées : la scène entre Louis et sa mère dans l’abri de jardin. Elle dure 13 minutes d’une grande intensité étouffante. On retient son souffle. C’est là  que tout peut basculer, à ce moment précis ;

La scène du départ, où l’on comprend enfin les relations de Louis avec son frère et de celui-ci avec sa femme. C’est un déchirement de constater tout ce gâchis. Le désarroi des personnages nous touche au plus profond ;

Et la scène de fin avec Marion Cotillard, Catherine, désarmée devant Gaspard Ulliel, Louis, pudique, généreux et discret. Quand enfin la porte se ferme et que le générique de fin apparaît, une émotion indicible nous submerge comme une vague puissante, nous laissant pantois de nombreuses minutes.

C’est un très beau film, intimiste et grandiose, sur la valeur du temps qui passe, sur la force de l’amour, sur l’importance de la communication, sur le sens de la vie. Je vous le recommande tout particulièrement.

Angélique Josse