Star, interprétée par Sasha Lane, est une adolescente qui quitte une famille dysfonctionnelle pour rejoindre une équipe de vendeurs en porte à porte afin de vendre des magazines. Jake, interprété par Shia LaBeouf, la recrute. Pour ses beaux yeux, elle sillonne l’Amérique et rejoint d’autres vendeurs qui forment une bande de jeune. Aussitôt adoptée, elle suit le mouvement et expérimente la vie, les soirées arrosées, la drogue, l’amour et le sexe.

Il s’agit d’un road movie sur la jeunesse de l’Amérique profonde. Le point de départ de ce film est tiré d’un article  dans le New York Time de 2007 signé par Ian Urbina, sur les commerciaux itinérants, des gens qui quittent leur maison et font des milliers de kilomètres. Ces groupes de démarcheurs existent encore aux Etats-Unis. Faire partie de ces équipes est un véritable mode de vie plus qu’un travail. Dans American Honey, le miel de la vie, il s’agit d’une famille recomposée un peu foldingue et amorale.

Andréa Arnold a casté les adolescents et a constitué une équipe, comme une grande famille. Ils se sont rencontrés en Oklahoma.  Tout le monde a fait le voyage ensemble, l’équipe et le casting. Ils ont partagés les mêmes motels que les véritables vendeurs de porte à porte. Ils se sont beaucoup amusés. Andréa les a dirigés en leur disant d’être eux-mêmes. A la dernière scène qui se passe autour d’un feu, Andréa Arnold s’est d’ailleurs dit avec soulagement « personne n’est mort ».

Shia labeouf interprète Jak, le meilleur vendeur, celui qui recrute Star, Sasha Lane, dans un supermarché. Il a une présence forte, entre humour, sexe et rage, rêve et petits méfaits.

Ce qui l’a intéressé ce sont les détails. Il a vu des hiérarchies dans le film, comment les gens arrivent, comment ils repartent, qui gère quoi, combien de temps ils travaillent, cela fait combien d’année qu’ils sont dans ce travail, ce qu’ils vendent. C’est ce qu’il a essayé de faire ressortir dans son personnage.

Riley Keough qui interprète Krystal, la meneuse de la troupe, n’a pas vraiment préparé le tournage car elle n’avait pas de scénario, c’était au jour le jour. Cela l’a totalement changé de ses rôles précédents. Sa filmographie est déjà impressionnante alors qu’elle n’a que 26 ans.

Andréa Arnold a repéré Sasha Lane (Star) sur la plage pendant les vacances du printemps. Depuis, la vie de cette dernière a radicalement changé et lui a apporté de l’espoir. Texane d’origine, Sasha Lane a suivi le mouvement, en captant les vibrations et l’ambiance du groupe.

Andréa Arnold a filmé les scènes dans un ordre chronologique. Elle était dans le coffre du bus pour filmer tout ce qui s’y passait. Les moyens techniques ont été réduits au minimum, de manière à avoir un rendu le plus naturel possible.

Cette micro société représente le rêve américain. Elle raconte le quotidien de ces jeunes essayant de s’en sortir en travaillant dur.  C’est un road movie initiatique autour de la jeunesse américaine d’aujourd’hui, proche d’une réalité qu’on voit si peu sur les écrans.

Ce film est éclairé par la présence lumineuse et solaire de Sasha Lane. Sa spontanéité nous séduit et nous sommes curieux de connaître ses réactions. Son personnage est lié à celui de Shia LeBeaouf, qui doit la former à la vente. Leur relation évolue dans une tension érotique qui est un exutoire aux difficultés de la vente à domicile et des situations cocasses et aberrantes. Il n’y a aucune autre morale que l’envie de s’en sortir pour se « caser » et avoir son petit coin de jardin, bien inséré dans le tissu social.

Krystal incarne un personnage aussi paumé que les autres mais qui manie une main de fer dans un gant de velours.

Malgré de très nombreuses longueurs, on s’apprivoise aux personnages. On apprend à les connaître, à vivre avec eux. Il n’y a pas d’autre scénario que la découverte de leur quotidien.

Les lumières de ce road movie sont éclatantes. Les paysages sont splendides, évoluant des plaines plates de l’Oklahoma et du Kansas aux environs luxuriants et verdoyants du Nebraska, en passant par les terrains pétroliers de Williston, dans le Dakota du Nord et la Réserve indienne de Pine Ridge dans le Dakota du Sud.

On se laisse porter par le film et particulièrement par la musique qui retranscrit les humeurs du groupe. Ça swingue, on a envie de danser. On partage les joies, les peines et on vibre dans ce bus qui devient aussi notre maison.

Seul regret, la fin qui ne se finit pas et nous laisse supposer que tout continue encore et encore, avec d’autres intervenants, d’autres vendeurs, d’autres villes. C’est une histoire sans fin. Ce film est à vivre sans en attendre autre chose qu’un bon moment, sans aucune sophistication. C’est une sorte de Woodstock dans la version commerciale. Nous avons tous 18 ans en le regardant.

Angélique Josse